L’avenir nous inquiète parfois, nous attire souvent, nous échappe toujours un peu. Il peut sembler fragile, incertain, voire menaçant quand nous observons l’actualité.
Pourtant, comme le rappelle Vera Simon, première citation que j’ai choisie pour ouvrir ce nouveau rendez-vous avec des citations qui m’ont touché dans mes lectures quotidiennes et que j’avais envie de vous partager désormais régulièrement, « l’avenir représente un éventail de possibilités. En cela, il est le terrain de notre liberté ».
Penser l’avenir, ce n’est donc pas seulement tenter de le prévoir : c’est surtout apprendre à l’habiter, intérieurement et collectivement. C’est le chemin que je vous encourage à suivre en cette année 2026.
Un avenir ouvert, lieu de liberté et d’espérance
Dans la tradition biblique, l’avenir n’est jamais figé et c’est personnellement une force. Il est promesse plus que programme. « Ton avenir est plein d’espérance », dit le prophète Jérémie. Cette parole ne nie pas les épreuves ; elle est certes sortie de son contexte mais ces mots affirment pour moi que notre histoire humaine n’est pas condamnée à la répétition ni au désespoir.
Si cela peut sembler utopiste dans le contexte mondial que nous traversons, l’espérance n’est pas pour autant une naïveté : elle est une posture intérieure qui permet de continuer à choisir, même dans l’incertitude. Elle rejoint ainsi la liberté évoquée par la citation de Vera Simon : la capacité d’ouvrir des possibles là où tout semble parfois se refermer.
Grandir, c’est créer une place qui n’existait pas encore
Mais comment avancer vers cet avenir ?
La philosophe Claire Marin dont je vous recommande ses ouvrages nous offre une piste précieuse comme dans son livre Être à sa place. Habiter sa vie, habiter son corps, aux Éditions de l’Observatoire/Humensis paru en 2022 : grandir, ce n’est pas seulement s’inscrire dans une lignée ou reproduire un modèle. Grandir, c’est composer, combiner des héritages différents, accepter l’équilibre précaire de l’existence, et surtout oser le pas de côté.
Sortir du cercle, être « impertinent » au sens étymologique, c’est parfois refuser les évidences toutes faites pour inventer une place singulière, qui ne nous préexistait pas. Cette liberté n’est pas une rupture brutale, mais une fidélité vivante : une manière de prolonger l’héritage en le faisant évoluer. C’est ce que j’appellerai alors une « impertinence constructive ».
La relation à l’autre : présence plutôt que contrôle
Cette dynamique de croissance, de pas finalement de côté ou à côté, concerne aussi notre manière d’être en relation.
« Aider, c’est laisser à l’autre la place d’agir et de penser », écrivent Eva Mazur et Catherine Testa dans leur ouvrage guide de l’accompagnement dans le cadre de la santé mentale, Aider. Les clés pour apprendre à observer, écouter, accompagner. Oser parler de santé mentale paru aux éditions Michel Lafon en 2023.
Aider ne signifie pas prendre la place de l’autre, ni décider à sa place. C’est reconnaître sa capacité propre, son intelligence, sa liberté même et surtout au coeur et dans ses temps de fragilités. Dans un monde souvent tenté par le contrôle ou la performance, cette posture est profondément libératrice — pour celui qui reçoit, mais aussi pour celui qui accompagne.
Je l’ai vécu, et parfois plus ou moins bien vécu, à ces deux places. J’y ai ainsi beaucoup réfléchi, lu et échangé à ce sujet pour améliorer et analyser mes pratiques.
Être lumière les uns pour les autres
C’est là que pour moi la spiritualité prend alors chair dans des gestes simples.
Manuela Hugonnet que j’ai « croisé » en 2025 dans mes lectures quotidiennes dans Paroles et textes de la Communauté Morave que l’on peut retrouver chaque année aux Edition Friedrich Reinhardt de Bâle, ouvrage qui est diffusé en France par la librairie chrétienne CLC ou en Suisse par la Société biblique suisse, nous invite à « être soleil avec ceux qui croisent notre route » : par un mot fraternel, une présence juste, un engagement pour la paix et la justice, une générosité amicale discrète mais véritable source d’espérance.
Faire de notre cœur une place publique, ouverte et hospitalière, c’est accepter d’être traversé par les joies et les fragilités du monde. C’est aussi reconnaître que l’espérance se transmet rarement par des discours, mais presque toujours par des présences.
De la croyance à l’expérience vivante
C’est pourquoi, je termine ce partage de mes citations quotidiennes de ces premiers jours de l’année avec Eckhart Tolle et son désormais classique ouvrage Le pouvoir du moment présent qui nous rappelle une exigence essentielle : « Une croyance peut certes vous réconforter. Par contre, seule l’expérience peut vous libérer. »
La spiritualité, quelle que soit sa tradition, ne peut rester au stade des idées. Elle devient chemin de liberté lorsqu’elle se traduit en expérience vécue : relation apaisée à soi, ouverture à l’autre, engagement concret dans le monde.
Choisir d’habiter l’avenir ensemble
Alors habitons l’avenir ! Ce ne sera pas attendre qu’il advienne mais c’est bien plutôt le façonner, jour après jour, par nos choix, nos relations, nos pas de côté.
C’est croire que l’espérance est possible, non parce que tout ira bien, mais parce que nous pouvons, ensemble, toujours et encore créer des espaces de liberté, de justice et de fraternité.
Alors, peut-être, l’avenir cessera d’être une menace pour devenir ce qu’il n’a jamais cessé d’être : un lieu de rencontre et de promesse.
Nous en demeurons collectivement capables.







