Habiter le présent avec Dieu

Le lieu fragile où Dieu nous rejoint

Il existe un lieu discret où la vie se joue réellement. Ni hier, déjà passé. Ni demain, encore incertain. Ce lieu, c’est aujourd’hui.

Nous passons souvent notre existence à regretter ou à anticiper. Pourtant, c’est bien dans le présent de nos vies que Dieu choisit de se donner.

Comme l’affirme l’Évangile de Jean :

« La Parole est devenue chair ; elle a fait sa demeure parmi nous et nous avons vu sa gloire, une gloire de Fils unique issu du Père, pleine de grâce et de vérité. » Jean 1,14

C’est là une affirmation théologique essentielle pour les chrétiens. Dieu ne s’est pas manifesté dans une idée ou dans un souvenir, mais dans une présence. Nous savons qu’historiquement Jésus a bien vécu, il a existé. Ce fut une présence fragile, incarnée et qui pour le croyant chrétien a été offerte ici et maintenant sur cette terre. Une présence incarnée qui se vit encore aujourd’hui, dans le maintenant.

Le présent devient alors le lieu de la rencontre.

Le psychiatre Christophe André en souligne la valeur :

« Nous avons besoin du passé et du futur, besoin de souvenirs et de projets. Mais nous avons aussi besoin du présent. Le passé importe, le futur importe. La philosophie de l’instant présent, ce n’est pas dire qu’il est supérieur au passé ou au futur. Juste qu’il est plus fragile, que c’est lui qu’il faut protéger, lui qui disparaît de notre conscience dès que nous sommes bousculés, affairés. C’est à lui qu’il faut donner de l’espace pour exister. »

Et finalement, je crois que nous pouvons dire que protéger le présent, c’est protéger l’espace où Dieu agit.

Mais vivre le présent demande parfois du courage. Le courage d’aimer malgré sa fragilité. Récemment, je suis rentré dans un lieu que je connaissais déjà dans le cadre de mon ministère passé. L’entrée fut délicate car elle me rappelait autant de bons que de mauvais souvenirs. J’étais ce jour là dans ce lieu pour toute autre chose que ce que j’avais vécu il y a quelques années en ce même endroit. Ce qui m’a sauvé, si j’ose dire, c’est que j’ai coupé la vague émotionnelle prête à m’envahir en me concentrant plutôt sur l’objet de ma présence du jour dans ce lieu, les connaissances présentes, les sourires des uns et des autres. Je me suis concentré donc sur le présent sans nier ce passé mais qui est du passé. Si je ne l’avais pas fait, l’instant présent aurait été gâché et cela aurait été profondément dommage de ne pas le vivre pleinement.

Cela me fait donc penser à cette prière de Bernard Kornig que j’ai croisé dans une de mes lectures récentes :

« Sur les chemins de l’Évangile, vers toi je veux marcher. Malgré mon pas malhabile, Seigneur, je veux aimer. Tu sais combien je suis fragile, sur toi je peux compter. Au pari de l’amour, tu m’invites, Seigneur. J’en tremble chaque jour, sois vainqueur de mes peurs. « 

C’est à mon sens un beau rappel auquel je tiens : Dieu ne demande pas la perfection. Il demande la confiance.

Car souvent, ce qui trouble notre paix, ce n’est finalement pas le présent lui-même, mais notre orgueil ou notre peur.

C’est pourquoi la Bible avertit :

« L’orgueil produit de grands malheurs, le mépris des autres entraîne la chute. » Proverbes 16,18

Et Maurice Zundel éclaire plus profondément encore cela :

« Ce qui fait obstacle à la grandeur de l’homme, ce n’est pas le fait qu’il ait un corps, c’est l’esprit de possession qui le rive à lui-même, c’est ce moi dans lequel nous sommes englués, ce moi propriétaire qui se fait le centre de tout et veut tout accaparer. »

L’inquiétude, l’angoisse, la colère naissent souvent de ce besoin de tout contrôler.

Mais le présent nous invite à lâcher prise. A vivre pleinement et intensément le moment sans parasitage.

Voilà pourquoi, il nous faut aussi savoir ouvrir, me semble-t-il le plus régulièrement possible, les volets de notre âme.

Comme l’écrit mon ancien collègue, le pasteur Antoine Nouis :

« La confession de ce qu’on appelle le péché, c’est l’acte qui consiste à ouvrir les volets des différentes pièces de notre maison pour laisser entrer la lumière de Dieu. C’est lui ouvrir les parties cachées de notre existence afin que son pardon soit une guérison. »

Oui, aucun de nous n’est parfait, mais personnellement, j’ai la confiance que ce Dieu incarné en qui je crois et celui qui me pardonne mes imperfections, qui m’invitent à en prendre conscience et à ne pas les reproduire, à travailler sur ces imperfections. Il y a là, pour moi, une véritable source de paix qui devient possible et qui est donné à tous.

Une paix qui ne vient pas de la maîtrise, mais de l’abandon.

Une paix qui libère du regret.

Comme le dit le réalisateur et scénariste Jean-Pierre Améris :

« Pourvu qu’il se passe quelque chose, quitte à avoir la trouille, pour batailler contre la pire chose qui soit dans la vie : le regret. »

Car le regret appartient au passé.

La peur appartient au futur.

Mais la grâce, ce que le chrétien appelle l’amour inconditionnel de Dieu, appartient au présent.

Le présent est, on y revient, ce lieu fragile où Dieu nous attend et nous invite d’habiter.

Non pas demain.

Maintenant.

Voilà pour chacune et chacun, des chemins et du sens pour l’aujourd’hui de nos vies.

CDS Habiter le présent avec foi
CDS La parole est devenue chair Jean 1,14
CDS Passé, futur et présent Christophe André
CDS Proverbes 16,18 orgueil mépris
CDS l'engluement du moi Maurice Zundel
CDS la confession du péché Antoine Nouis
CDS Le regret Jean Pierre Améris

Habiter le présent avec Dieu