La dignité d’abord

Les podcasts de Marc
CDS Dignité, égalité et liberté Cynthia Fleury
« Dignité, égalité et liberté sont les trois versants d’une même revendication pour l’individu d’accéder à la vie bonne : que vaut l’irréductible de la dignité — la valeur intrinsèque de l’individu – si les formes matérielles et donc existentielles de la dignité sont inexistantes, ou grandement érodées dans les vies actuelles ? Que vaut la dignité du sujet sans l’avènement et la pérennisation des « conditions dignes » de la vie ? » 

Cynthia Fleury dans La clinique de la dignité, Le compte à rebours, Seuil, 2023, p.24.

L’illustration

J’ai croisé ce tableau de Tom Geleb. Un tableau qui m’a interpellé dès le premier regard lors de Solid’art à Lille en juin 2026. ​ »Tom GELEB, est un artiste autodidacte français né à Brest mais désormais établi à Paris. Ayant grandi entre la Bretagne et la Polynésie française, il s’inspire de ces régions dans ses œuvres. Les événements de novembre 2015 l’amènent à recentrer son travail sur l’amour, c’est ainsi que né Téva un personnage ayant vocation de diffuser l’amour au maximum. Il apparaît dans des toiles, des murs ou des collages, rappelant l’importance de l’amour dans la vie quotidienne ». Précise sa présentation que l’on peut lire sur le site de Solid’art.

Ce que cela fait résonner en moi

La réflexion de Cynthia Fleury ici m’invite à me demander si le mot fraternité n’a pas perdu une partie de sa force mobilisatrice dans notre société contemporaine. Pour certains, il est peut-être devenu trop associé à un héritage particulier, notamment religieux, pour conserver toute sa portée universelle.

Sans remplacer le triptyque républicain, je me surprends cependant ici à le relire à travers celui proposé implicitement par Cynthia Fleury : dignité, égalité, liberté.

La dignité n’est pas toujours facile à définir, mais elle peut se comprendre sous bien des aspects qui vont de l’autonomie d’une personne au contraire de l’humiliation. Une phrase de Martin Luther King éclaire bien cette idée : « Mieux vaut souffrir dans la dignité, qu’accepter la ségrégation dans l’humiliation ». Le concept philosophique de dignité renvoie notamment au respect de l’intimité de la personne, de son autonomie et de son libre arbitre. Ce concept pose le sens de la vie que l’on donne bien souvent également à sa propre vie.

Je pourrais ici développer (ou vous encourager à lire) la pensée du philosophe Paul Ricoeur pour qui tout homme, quel que soit son âge, sa religion ou sa condition, est non seulement digne de respect mais aussi digne en tant que tel.

Ainsi, avec ce triptyque, nous ne partons pas par ce que nous pourrions appeler « idéal à obtenir » pour chaque individu : sa liberté. Nous partons de sa condition : être digne. C’est le corollaire en France d’un des principes constitutionnels : « La sauvegarde de la dignité de la personne humaine ». Comment nos choix citoyens traduisent-ils alors concrètement notre vision de la dignité humaine ? Notre réponse est-elle adaptée à la dignité de chacun, y compris la nôtre ?

Ce double questionnement pose les bases d’une réelle égalité qui nous rappelle le lien avec nos voisins ou pour le dire (à nouveau) « religieusement » : notre prochain.

Une fois ces deux points préalables de la dignité et de l’égalité ainsi clairement reliés, il y a effectivement toutes les chances que la liberté puisse se vivre pleinement à condition que nous questionnions sans cesse cette liberté par rapport aux dignités et à l’égalité.

Regard culturel

D’une certaine manière le film Fjord de Cristian Mungiu palme d’or à Cannes en 2026 reprend tout cela, notamment sur le traitement égalitaire. Quel que soit la manière de vivre sa foi, sommes-nous traités et surtout jugés de la même manière ? Le film questionne également la manière dont une famille transmet ses convictions, mais aussi la liberté de chacun d’y adhérer ou non. Il nous place dans un espace inconfortable où ni les valeurs dites progressistes ni les valeurs dites conservatrices ne suffisent seules à répondre à la question centrale : comment respecter concrètement la dignité de chacun ?

Le film rappelle que nos regards sur le réel sont souvent plus complexes que les oppositions simplistes entre le vrai et le faux, le bon et le mauvais. Méfions-nous des préjugés.

Mais alors comment vivre ensemble quand on a des visions de vie tellement différentes ?

Pour revenir à soi

Dans nos vies, nous sommes confrontés à cette question récurrente (pour qui veut être en accord éthique avec soi-même) : quelles sont mes valeurs pour le vivre ensemble qui respecte la dignité, l’égalité et la liberté ?

Prenez cinq minutes aujourd’hui pour les lister et reprenez cette liste demain en vous questionnant cette fois-ci sur ce que vous mettez en place comme actions, activités ou toutes autres initiatives pour vivre pleinement ces valeurs. 

Et pour ceux qui ont une foi chrétienne, relire ce passage d’une des lettres de Paul les accompagnera certainement :

Que notre Seigneur Jésus Christ lui-même et Dieu notre Père, qui nous a aimés et nous a donné par sa grâce un encouragement éternel et une bonne espérance, remplissent vos cœurs de courage et vous accordent la force de pratiquer tout ce qui est bien, en actions et en paroles. 
2 Thessaloniciens 2,16-17

À écouter

En attendant le retour de Mickey 3D emmené par Mickäel Furnon avec un nouvel album probablement en 2027, découvrez un autre triptyque proposé par Najaj El Mahmoud, membre de Mickey 3D il y a 10 ans, sur l’album Sebolavy du groupe : Liberté égalité fragilité. Une photographie de la France de 2016 mettant en valeur musicalement cette tension entre fragilité et fraternité qui, me semble-t-il, conserve encore aujourd’hui une certaine actualité.

Vous pouvez aussi prolonger ces questions autour de la liberté, notamment celle de liberté d’expression avec la chanson, également de 2016, de Damien Saez écrite à la suite de la fusillade de Charlie Hebdo : tous les gamins du monde.

Ce deuxième numéro de la newsletter Résonance a été envoyé aux abonnés le jeudi 3 septembre 2026 et diffusée en version audio dans le podcast Chemins des Sens à partir du dimanche 6 septembre 2026.

La dignité d’abord