Ne pas détourner le regard

CDS injustice Willy Brandt

Le contenu de cet article est la Résonance (Newsletter) que j’ai envoyé à mes abonnés le jeudi 15 octobre 2026. Il est possible également de retrouver ce contenu en version audio dans le podcast Chemins des Sens.

L’illustration

Le visuel de ma citation ou plutôt la citation du jour était là devant moi dans la rue. J’étais passé des centaines de fois sans la voir, sans lever la tête entre les deux gares lilloises où la misère me transperce le cœur et devant un temple de la consommation dont je doute de l’éthique d’un certain nombre de marques qui s’y trouve… Et pour moi cette question : de quelle(s) injustice(s) je détourne mon regard ?

La parole du jour

« Ne l’oubliez jamais celui qui laisse se prolonger une injustice, ouvre la voie à la suivante. »

Willy Brandt

Ce que cela fait résonner en moi

Cette citation résonne fortement avec une partie de mon parcours. Elle me rappelle combien le silence face à certaines situations injustes pour ne pas dire intolérables, le silence peut devenir destructeur. J’ai appris à mes dépens qu’interpeller une institution sur ses incohérences n’est pas toujours bien accueilli même après plus de vingt ans de loyaux services. Pourtant, me taire ne m’aurait pas davantage permis de vivre en paix avec moi-même. Bien au contraire.

Voilà pourquoi j’aime cette citation de la regrettée artiste Mystic qui rejoint ou complète dans ma résonnance celle de Willy Brandt :

Refuser les yeux ouverts ce que d’autres acceptent les yeux fermés
Mystic, street artiste

Le combat pour la paix de Willy Brandt lui value le prix Nobel de la paix en 1971 et cette citation du jour nous place tous devant nos responsabilités morales. Tolérer ou ignorer une injustice n’est pas un acte neutre : cela favorise l’impunité et encourage de nouveaux abus. Nous avons tous un devoir de vigilance éthique.

Les évènements sociaux qui traversent la France actuellement nous le rappellent d’un côté comme de l’autre des manifestations. Je n’aime ni les coups de matraque sans sommation (et même avec d’ailleurs), ni les ACAB criés et tagués par certains manifestants.

Il me revient alors en mémoire deux versets de l’Ancien Testament :

Ne laisse pas mon cœur dire des paroles méchantes, ni faire du mal avec ceux qui font du mal 
Psaume 141,4

ou encore :

La justice mène à la vie, mais celui qui poursuit le mal court à la mort.
Proverbes 11,19

Alors au cœur de nos engagements et peut-être aussi de nos enragements, de nos quêtes de justice et de changements sans lesquelles certains pardons demeurent difficiles, œuvrons collectivement pour une justice sociale. 

La mi-octobre est marquée par des journées internationales qui ont d’ailleurs une importance sociale : saviez-vous par exemple l’existence le 15 octobre d’une journée internationale des femmes rurales qui met ainsi en lumière le travail de ces femmes pour la sécurité alimentaire et la nutrition partout dans le monde ? Elles sont « justes » 43 % de la main d’œuvre agricole mondiale qui en moyenne touche au niveau salarial en moyenne 40 % de moins que les hommes… Le 16 octobre est par ailleurs la journée mondiale du pain ainsi que la journée mondiale de l’alimentation. Le lendemain 17 octobre nous sommes pour les nations unies dans la journée internationale pour l’élimination de la pauvreté… Et autant le dire, il y a du travail aussi bien en France qu’à l’étranger pour que chacun mange à sa faim et avec une qualité alimentaire non dangereuse pour sa santé.

 Alors pour regarder devant moi, devant nous, je me souviens d’un passage du livre des Proverbes :

Qui se moque des pauvres outrage leur créateur. Celui qui rit du malheur d’autrui ne restera pas impuni. 
Proverbes 17,5

Effectivement, devant quelles injustices fermons-nous les yeux et nos bouches ? Je n’écris pas cela pour donner bonne ou mauvaise conscience ou pour faire appel à nos bonnes œuvres mais parce que, comme l’écrivait Martin Luther :
Dieu n’a pas besoin de vos bonnes œuvres ; votre prochain, lui, en a besoin !
Martin Luther

Je prends pour ma part la dimension de mes erreurs sur certaines inégalités ou injustices encore aujourd’hui pour lesquelles je détourne consciemment ou inconsciemment le regard mais j’ai tout autant conscience de mes responsabilités à continuer à changer le monde plutôt que de changer de monde en choisissant et prolongeant certains combats, notamment pour la culture, contre le harcèlement ou les violences sexistes ou sexuelles…

Au croyant que je suis de ne pas oublier également dans ces enragements ce qu’exprimait de son côté si justement Saint Augustin :

Sans Dieu nous ne pouvons rien. Sans nous, Dieu ne peut rien. 
Saint Augustin

Regard culturel

La veille d’écrire cette nouvelle Résonance, j’ai découvert cette citation de Willy Brandt sous laquelle j’étais passé sans la voir pendant trois ans ! Je me rendais à l’Aéronef pour interviewer deux jeunes artistes enragés Etienne et Théodore du groupe Bonne Nuit. Vous découvrirez prochainement cette interview, (probablement dans les premiers jours de novembre) dans mon podcast Chemins d’Artiste.

Il y a chez eux tout le côté sombre de la société qui est chanté avec une énergie électro punk plus que pop mais paradoxalement festive. Ils sont une claque sur scène et l’une de leur chanson illustre finalement bien ce que je viens de partager dans cette résonance : La vie est belle.

Je peux ne pas regarder ce qui se passe en bas de chez moi et la vie sera « belle » ou œuvrer à mon échelle pour ne pas simplement regarder la misère qui est sous mes yeux mais tout faire pour lutter contre celle-ci, dans un monde plus solidaire. Sans spoiler ce que nous avons partagé, je pense pouvoir dire qu’ils ont le souci et la sensibilité qui leur fait crier leur constat, mais qu’ils ont encore de l’espérance des forces et du pouvoir solidaire qu’il y a en chacune et chacun de nous. C’est le côté punk et electro festif de leur musique.

Pour revenir à soi

Et toi, quelle injustice regardes-tu en face ?

Quels sont aujourd’hui tes engagements ?

Avec qui, quel(s) soutien(s) et ressourcements portes-tu la voix de sans voix ?  

En tous les cas, sache que voir ainsi une injustice ne te rendra pas toujours capables de la résoudre. Mais fermer les yeux ne la fera jamais disparaître. L’injustice grandit souvent parce que trop de personnes choisissent de regarder ailleurs. Et si la première étape consistait simplement alors à ne plus détourner le regard ?

Qu’est-ce que je choisis de voir, et que suis-je prêt à faire une fois que je l’ai vu ?

À écouter

Pour travailler nos forces intérieures pour l’engagement, je vous propose de rejoindre deux albums aux différents univers utopiques où il fait bon se ressourcer.

Tout d’abord le collectif constitué autour du saxophoniste Emilien Parisien avec son projet Floating paru le 25 septembre 2026 avec à ses côtés le pianiste Franco Israélien Yaron Herman, la contrebassiste new-yorkaise d’origine malaisienne Linda May Han Oh ainsi que le percussionniste indien Prabhu Edouard. Le jazz et la musique du monde peuvent encore ainsi sauver le monde …

Ensuite, je vous invite à vivre une Epiphanie en écoutant le nouvel album de DOMi & JD BECK paru fin juillet 2026 : Who Asked ? Ces deux prodiges du jazz proposent un album orchestral qui est, pour ma part, loin de me laisser indifférent. Mais peut-être est-ce parce qu’il ne cache pas que parmi leurs influences, il y a au milieu de nombreux artiste, un compositeur imprégné par la présence de Dieu : Jean Sébastien Bach ?

L’injustice commence rarement par un grand scandale. Elle grandit souvent parce que trop de personnes choisissent de regarder ailleurs. Alors changeons collectivement de regard pour un monde plus juste en donnant du sens à nos chemins, à nos chemins solidaires…

Ne pas détourner le regard